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Gros plan de Milka Nyariro.

L’othermothering

Milka Nyariro, Ph. D. 2021, et sa mentore, Arlene Campbell, D. Ed. 1976, ont tissé un lien profond grâce au Programme de mentorat pour les personnes noires de McGill

par Sara Brown

« Travailler sur une thèse de doctorat peut être une expérience empreinte de solitude », confie Milka Nyariro, Ph. D. 2021, qui est arrivée à McGill en tant qu’étudiante aux cycles supérieurs du Kenya. « J’ai regardé autour de moi et je n’ai trouvé personne qui me ressemblait et qui avait vécu les mêmes expériences que moi dans mon département. »

Milka Nyariro travaillait alors sur sa thèse, laquelle portait sur les barrières culturelles et systémiques qui empêchent les jeunes mères kenyanes vivant dans des milieux urbains pauvres de poursuivre leurs études après avoir eu des enfants, lorsqu’elle a décidé de s’inscrire au Programme de mentorat pour les personnes noires de McGill dans l’espoir de trouver le soutien qui lui manquait.

Initiative de l’Association des diplômés noirs de McGill, le programme de mentorat favorise l’établissement de liens précieux au sein de la communauté noire de McGill, en jumelant des personnes noires fréquentant l’établissement avec des personnes de la communauté noire — diplômées, membres du corps professoral et membres du personnel de McGill — qui les mentorent. Ces mentors aident les étudiants à relever des défis professionnels, tels que l’établissement de buts, le réseautage et la préparation à la carrière ou à faire face à des problèmes de développement personnel, comme le renforcement de l’intelligence émotionnelle et la gestion de l’équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée. Les personnes participantes sont toutes jumelées en fonction de leurs intérêts, de leurs expériences et de leurs objectifs communs afin que le mentorat soit une expérience enrichissante pour chacune d’entre elles.

Milka Nyariro a été jumelée à Arlene Campbell, D. Ed. 1976, et les deux femmes ont convenu qu’il s’agissait d’un bon choix. « Dès notre première rencontre, nous avions beaucoup en commun », se souvient Milka Nyariro.

Arlene Campbell et Milka Nyariro souriant, côte à côte dans l’entrée d’un restaurant.
Arlene Campbell et Milka Nyariro

Arlene Campbell a commencé sa carrière en tant qu’éducatrice à l’école primaire Royal Arthur, dans la communauté majoritairement noire de la Petite-Bourgogne, où sa famille était profondément enracinée. Elle a ensuite poursuivi des études de maîtrise et de doctorat en éducation à l’Université York et a enseigné pendant des dizaines d’années à North York. Apprenante et enseignante tout au long de sa vie, Arlene Campbell a participé à des projets communautaires de l’Université York, à la fois comme professeure auxiliaire et mentore dans le cadre du projet Westview et comme directrice de cours pour le Programme de diversité urbaine avant de prendre sa retraite en 2018.

Le sentiment d’isolement et le besoin de soutien de Milka Nyariro ont trouvé écho dans les propres expériences d’Arlene Campbell dans le milieu universitaire.

« Je me souviens très bien à quel point il était intimidant de rédiger une thèse, explique-t-elle. Et Milka travaillait aussi. Je travaillais à temps plein tout en préparant mon doctorat et j’avais tout un tas de choses à faire, alors j’ai vraiment compris ce qu’elle vivait. »

Arlene Campbell était aussi curieuse de voir comment les choses avaient changé pour les étudiantes et étudiants noirs depuis son passage à McGill.

« Nous n’étions que deux personnes noires dans mon programme d’études, se souvient-elle. Il y a maintenant une cohorte étudiante noire beaucoup plus importante qu’à mon époque, surtout des jeunes femmes. Je me demandais en quoi la situation avait changé, en quoi il restait des améliorations à apporter. Je pense que ce programme est une étape essentielle pour égaliser les chances de notre population étudiante noire à McGill, en particulier pour les étudiantes et étudiants étrangers comme Milka, à qui le soutien communautaire et le mentorat ne sont pas nécessairement accessibles. »

Gros plan Arlene-Campbell

Quand j’étais jeune, ma mère, ma grand-mère et mes tantes ont materné beaucoup d’autres enfants, et pas seulement des enfants de couleur. Elles acceptaient tout le monde. Leurs exemples ont eu une incidence sur moi. »

Le mentorat va de soi pour Arlene Campbell, dont les recherches universitaires portent sur l’othermothering — une tradition culturelle qui consiste à « materner, nourrir, guider, accompagner, aimer les enfants qui ne sont pas nos enfants biologiques » — et qu’elle considère comme étroitement liée au mentorat.

« L’othermothering a vu le jour en Afrique de l’Ouest et a été réinventé et réimaginé par le passage transatlantique, avec la population africaine réduite en esclavage aux États-Unis, au Canada et dans les Caraïbes, explique-t-elle. Quand j’étais jeune, ma mère, ma grand-mère et mes tantes ont materné beaucoup d’autres enfants, et pas seulement des enfants de couleur. Elles acceptaient tout le monde. Leurs exemples ont eu une incidence sur moi. »

Selon Arlene Campbell, son expérience à l’étranger en tant que professeure dans une université saoudienne, ainsi que son bénévolat en Guyana et en Tanzanie, ont aussi contribué de façon importante à sa relation avec Milka Nyariro et à l’aide qu’elle lui a apportée.

Après leur première rencontre, Milka et Arlene se sont rencontrées toutes les deux semaines. Elles ont abordé un éventail de sujets, en se concentrant sur la thèse de Milka et sur leurs expériences communes en tant que femmes noires dans le milieu universitaire.

Milka Nyariro a fait une simulation de soutenance de sa thèse ; Arlene Campbell lui a posé des questions détaillées, lui a fourni des conseils sur les points qu’elle pouvait approfondir ou sur la façon d’éviter de s’écarter du sujet, et l’a encouragée à prendre son temps pour répondre aux questions de manière réfléchie, sans se sentir pressée.

Arlene Campbell a également donné à Milka Nyariro des conseils sur la façon de prendre du recul par rapport à sa thèse lorsqu’elle éprouvait des difficultés, et sur la manière de se remettre sur la bonne voie.

« Nous avons ri ensemble, ce qui s’est avéré essentiel à certains moments, explique Arlene Campbell. Parfois, ces rires ont vraiment aidé à mettre de côté, momentanément, le sérieux et la solitude qu’exige la rédaction d’une thèse. »

Arlene est très compatissante et extrêmement patiente. En tant que femme noire ayant vécu beaucoup des mêmes défis que moi, elle comprenait vraiment tout ce que je traversais et m’a fait part de ce parcours. »

Les deux femmes s’entendent pour dire que le résultat le plus gratifiant de leur mentorat est l’amitié qu’elles ont nouée.

« Arlene est très compatissante et extrêmement patiente. En tant que femme noire ayant vécu beaucoup des mêmes défis que moi, elle comprenait vraiment tout ce que je traversais et m’a fait part de ce parcours. »

« Le mentorat et l’othermothering ne sont pas une voie à sens unique, c’est une relation symbiotique, affirme Arlene Campbell. Milka a enrichi ma vie. J’ai énormément appris sur ses recherches, qui étaient fascinantes. Elle m’a fait part de ses réflexions profondes sur sa vie au Kenya, de la toile de fond de sa culture et de ses triomphes et ses tribulations. C’était une alliance et une amitié réciproques. Et elle m’a encouragée de tout cœur à visiter le Kenya. »

Milka Nyariro est maintenant boursière postdoctorale McGill Third Century (M3C) à la Faculté de médecine dentaire et des sciences de la santé orale, où elle apporte une perspective de sciences sociales pour examiner comment le manque d’équité, de diversité et d’inclusion dans le développement de l’intelligence artificielle dans les soins de santé perpétue la discrimination et les préjudices à l’égard des personnes marginalisées.

« Le fait d’avoir une mentore en dehors de mon milieu universitaire habituel m’a permis de me sentir en sécurité, dit-elle. J’ai pu exprimer mes sentiments sans me sentir vulnérable ou jugée. Je me considère très chanceuse d’avoir participé à ce programme. »

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